Fiche de présentation
Steffi Ty


Selon Jérôme Fourquet, analyste politique et directeur du département Opinion à l’IFOP, ce qui a défini la France dans le passé change beaucoup. C’est ce que montre le titre de son livre, L’archipel français, où il explore la formation et les sources des fractures dans la société française. Il commence son enquête avec la religion.

Il y a une forte tendance dans le monde occidental à devenir moins religieux, et la France n’est pas différente de ce point de vue. Bien qu’elle ait été une partie du Saint-Empire romain, le nombre de ceux qui affirment ne pas pratiquer de religion augmente. Le décrochage de la religion a commencé dans les années 1960 en France, et aujourd’hui le pourcentage de la population baptisée, un signe de croyance catholique, décroît chaque année. En 1961, 92% des gens étaient baptisés, mais en 2012, seuls 58% des adultes avaient baptisés leurs enfants. Néanmoins, même si on est baptisé, on n’en reste pas pour autant pratiquant toute sa vie. Fourquet montre aussi les modifications de comportements d’une société catholique dans le passé. Il dit que, depuis la génération du baby-boom, les gens abandonnent les rites religieux comme la communion, la confession et la fréquentation de la messe dominicale. Et 69% des français veulent les magasins ouvertes le dimanche, alors que, dans la culture française, le dimanche est souvent réservé aux activités familles ou sportives.

Mais ce que je trouve le plus intéressant dans son analyse des relations entre la France et les religions, ce sont ses analyses sur les groupes ethnoculturels. Cette partie comprend les personnes d’origines turques, africaines, asiatiques, polonaises et portugaises.

Il semble en effet que les populations d’origines arabo-musulmanes ne suivent pas la tendance de la déchristianisation. En fait, il y a plutôt un regain de religiosité dans les populations jeunes. Par exemple, en 1989, la proportion des jeunes qui pratiquent le ramadan était de 60%, mais dans les années 2000, elle augmente, entre 67 à 71%. En outre, la proportion de personnes d’origine musulmane qui boivent de l’alcool a régulièrement chuté depuis 1989 (35% à 22% en 2016), particulièrement chez les immigrés africains. Les gens d’Afrique sahélienne, de culture musulmane et patrilinéaire, sont plus enclins à pratiquer l’endogamie (74%). En revanche, chez les personnes d’Afrique guinéenne et centrale, de culture moins patrilinéaire, chrétiens ou animistes, on compte seulement 36% des femmes dans des mariages endogames.

Plus révélatrice encore, son étude sur les prénoms religieux donnés aux enfants d’immigrés ou eux-mêmes immigrés. Il semble que le nom Mohamed et ses variations pour les nouveau-nés masculins arabo-musulmans restent stables, tandis que la popularité du prénom catholique Marie continue à diminuer. Dans la société française, un prénom religieux comme Marie était un acte symbolique forte, pour montrer la dévotion d’une famille au catholicisme : en 1900, alors que 90% de la population est baptisée, 10% portent le prénom Marie. En 1960, il ne s’agit plus que de 4%, et aujourd’hui, elle est inférieure à 1%. Cela suit la tendance de générations des catholiques qui ne pratiquent plus la religion de leurs parents. Le cas est très diffèrent pour les nouvelles générations des musulmans, que nous avons déjà mentionnées. Il est vrai que sa popularité du prénom Mohamed et de ses variations (10% en 1953 à 4% en 1990) diminue aussi, mais la proportion reste stable par rapport aux années 2000. Fourquet dit que c’est une cessation de la sortie de la religion, telle que la France l’a connue dans les dernières décennies.

Mais l’importance des prénoms ne s’arrête pas là. Fourquet discute aussi des prénoms d’immigrés ou des descendants d’immigrés qui ont des prénoms français/européens ou bien des pays d’origine. La proportion des gens arabo-musulmans qui ont aussi un prénom de leur culture est de 95%. Par ailleurs, chez les Parisiens du XIIIème arrondissement ayant un patronyme asiatique, 48% portent un prénom asiatique et 52% prénom français ou européen. Mais cette proportion monte à 75% ceux qui sont nés en France. En ce qui concerne les immigrés polonais, l’attribution de prénoms polonais est forte aussi mais plus courte que pour les autres prénoms, et elle augmente quand des tensions politiques concernent les polonais. Cette population immigrée étant très importante et en forte concentration en France (500 000 personnes), l’intégration n’était pas si nécessaire. Elle a créé ses propres clubs, associations culturelles et sections syndicales, donc il y avait un fort sentiment national et identitaire parmi la population. C’est la même situation pour les immigrés portugais. Leurs prénoms ont été utilisés durant un temps très courts et ont disparu quand les gens ont été assimilés à la culture française.
Pourquoi le rythme d’assimilation a-t-il été différent pour l’immigration maghrébine, asiatique, et européenne ? Les personnes d’origine arabo-musulmane semblent plus réticentes à l’assimilation, et les celles d’origine asiatique ou européenne oublient leurs cultures plus vite.

Les parents, s’ils veulent immigrer pour longtemps, veulent aussi que leurs enfants s’intègrent facilement dans un pays étranger. C’est d’ailleurs peut-être le cas pour moi, parce que je suis née aux Philippines, mais ma mère m’a appelée Steffi, comme la célèbre joueuse de tennis Steffi Graf : son prénom est allemand et plus facile à prononcer pour tout le monde. Ma petite sœur s’appelle Mary parce que ma famille est catholique, mes parents ayant voulu exprimer leur religion. Mais il ne faut pas oublier non plus notre histoire coloniale : les pays occidentaux ont eu des colonies asiatiques, donc il n’est pas inhabituel pour les gens nés dans ces pays d’avoir un prénom européen, comme moi. Les personnes d’origines arabo-maghrébins luttent constamment pour leur religion et leurs identités, comme les Kurdes, donc leur sentiments culturels et religieux sont sans doute plus forts que les des autres.

Établissement :
Sciences Po Lyon

Niveau / spécialité :
science politique


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